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    Les combats d'un futur pape

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    arkanax
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    Intéressant Les combats d'un futur pape

    Message par arkanax le Jeu 13 Mar 2014, 15:44

    Jorge Bergoglio (1936 - )
    Les combats d'un futur pape



    À voir la popularité dont jouit le pape François depuis son [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], le 13 mars 2013, on a du mal à croire que ce même homme était, la veille, un« proscrit » dans son propre pays.
    Claudia Peiró
    Jésuite et archevêque

    Le pape François, de son vrai nom Jorge Mario Bergoglio, est né à Buenos Aires, le 17 décembre 1936, dans une famille d’immigrés piémontais dont le père était cheminot. Il entre au séminaire de la Compagnie de Jésus à 21 ans et est ordonné prêtre le 13 décembre 1969, douze ans plus tard.
    En juin 1973, il est nommé provincial de la [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] en Argentine, charge qu’il exercera pendant six ans. De 1980 à 1986, il préside le Colegio Maximo de San Miguel, un centre universitaire jésuite. En 1991-1992, il est envoyé à Córdoba, au centre du pays. Probablement une première traversée du désert. Lui-même a parlé d’une « crise intérieure » à cette période là.
    En 1992, il revient à Buenos Aires comme évêque auxiliaire et devient le bras droit de l’archevêque Antonio Quarracino, que beaucoup ont surnommé « le premier électeur de Bergoglio ». Il le remplace à sa mort en 1998.
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    Un pape inattendu
    En [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], où il était détesté par le pouvoir et abandonné par les leaders de l’opposition qui le laissèrent livrer seul le combat contre le mariage gay en 2009, personne ne croyait à ses chances d’être élu pape et son nom avait été barré de la liste des « papabiles ».
    Le 12 février 2013, au lendemain de l’annonce de la renonciation de Benoît XVI, Alex Freyre, un des leaders des associations LGBT d’Argentine, écrivit un tweet révélateur :« Bergoglio ne peut pas être pape, il a perdu sa qualité de papabile à l’instant même où j’ai épousé @josedibello ». Comme lui, tous les leaders d'opinion argentins croyaient sa carrière finie.
    Le cardinal lui-même, ayant eu 75 ans en 2011, avait réservé une chambre dans une maison de retraite des Jésuites en attendant que Benoît XVI accepte sa démission de l’archevêché de Buenos Aires. Une manière habile, peut-être, de désarmer ses ennemis, tant dans les instances gouvernementales qu'au sein de l'institution ecclésiastique.
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]C'est que Jorge Mario Bergoglio était depuis longtemps déjà apparu, presque malgré lui, comme un candidat crédible au pontificat.
    Le cardinal s’était en effet fait remarquer par ses collègues du monde entier à deux reprises, par son travail, son aptitude au dialogue, sa capacité de synthèse et ses idées sur ce que devait être le renouveau de l’Église :
    La première fois quand, après avoir reçu la barrette cardinalice des mains de Jean-Paul II en février 2001, il fut désigné en septembre de la même année rapporteur du synode des évêques, en remplacement de l’archevêque de New York, le cardinal Edward Egan, contraint de regagner son pays après les [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].
    La deuxième fois, en 2007, à Aparecida (Brésil), où il fut chargé de la rédaction du document final – un vrai programme - de la Ve Conférence des évêques Latino-américains.
    L'archevêque dénonce le couple présidentiel
    Mais nul n’est prophète en son pays - le Christ lui-même l'a dit -, et Jorge Mario Bergoglio n’a pas failli à la règle ! La froideur à peine dissimulée du message de félicitations de la présidente argentine Cristina Kirchner au nouveau pape latino-américain a rappelé leur longue mésentente et leur inimitié réciproque.
    Archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio s'est posé en médiateur pendant la[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] très grave qui a secoué l'Argentine en 2001.
    Il n'empêche que Néstor Kirchner - président de 2003 à 2007 - et sa femme et successeur Cristina Fernández, actuellement à l’avant-dernière année de son deuxième mandat, en firent l'un des boucs émissaires de la crise, lui reprochant de dénoncer en chaire leur style de gouvernement et leur exercice du pouvoir brutal et cassant.
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Le 25 mai 2004, selon la tradition, le président assista à un Te Deum à la cathédrale de Buenos Aires, en commémoration de la [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. Ayant entendu le cardinal condamner en chaire « l’exhibitionnisme et les annonces stridentes des leaders politiques », il décida l'année suivante de bouder l'office et de s’absenter de la capitale.
    Monseigneur Bergoglio récidiva en dénonçant « la scandaleuse augmentation de la pauvreté ». Le président lui en voulut de ne pas reconnaître de mérites à sa politique de lutte contre la pauvreté et en faveur de l'inclusion sociale.
    Le 25 mai 2006, Néstor Kirchner fit l'effort de revenir à la cathédrale. Mais Jorge Bergoglio récidiva : « Heureux ceux qui s’opposent à la haine et à la confrontation permanente… » Ce fut la rupture définitive. L'année suivante, l'archevêque s'abstint de célébrer un Te Deum pour la fête nationale.
    Au sein de l'Église aussi

    Parallèlement aux heurts avec le pouvoir politique, Jorge Bergoglio a dû faire face aussi à des adversaires au sein même de l'Église, regroupés autour du nonce apostolique Adriano Bernardini (l'ambassadeur du Saint Siège à Buenos Aires), aujourd’hui en poste à la nonciature à Rome.
    De 2003 a 2011, le diplomate ne cessa de promouvoir des nominations d’évêques contre l’avis de Jorge Bergoglio. Puis, lorsque celui-ci présenta à Benoît XVI sa démission d'archevêque en raison de son âge (75 ans), Adriano Bernardini fit campagne pour que son voeu soit sans délai exaucé !
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    Guérilla politique
    L'archevêque de Buenos Aires ayant emprunté aux [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] du Paraguay leur caractère inflexible et volontaire, ses relations avec le couple présidentiel, héritier du péronisme, prirent très vite l'allure d'une guérilla. C'était Don Camillo contre Peppone, sans le côté bon enfant de la comédie italienne.
    En 2005, à la mort du pape Jean-Paul II, les détracteurs argentins de l'archevêque craignirent qu'il ne soit élu pape. Un journal proche du gouvernement relança alors contre lui une vieille accusation de complicité avec la [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (1976-1983). Et chaque cardinal du conclave reçut un courrier électronique avec la copie de l’article accusateur.
    Plus tard, en 2010, à l'instigation du camp gouvernemental, Jorge Bergoglio fut entendu par les juges en tant que témoin sur la disparition temporaire de deux prêtres de la Compagnie de Jésus en mai 1976, pendant la dictature. Ses ennemis soutenaient qu'il les avait livrés à leurs bourreaux.
    Mais rien ne vint corroborer l'accusation et il ressortit au contraire des témoignages que son intervention auprès des autorités de l’époque fut décisive pour la libération des deux religieux. Par un retournement de l'Histoire, le journaliste italien Nello Scavo vient de recueillir de nouveaux témoignages sur des personnes que Jorge Bergoglio a aidées à échapper aux poursuites pendant les « années de plomb » (La liste de Bergoglio).
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    « La prétention de détruire le plan de Dieu »
    Les échanges d'amabilités n'ont jamais cessé entre archevêque et couple présidentiel. Lorsqu’en 2006, le porte-parole de l’archevêché accusa le président d’inciter à la haine, celui-ci répondit : « Dieu appartient à tous, mais attention : le diable aussi s'en prend à tout le monde, à ceux d’entre nous qui portons des pantalons mais aussi à ceux qui enfilent une soutane ».
    Jorge Bergoglio répliqua en rappelant que les droits de l’homme « ne sont pas violés uniquement par le terrorisme, la répression et les assassinats, mais aussi par des structures économiques injustes ». Au sanctuaire d’Aparecida, au Brésil, devant les évêques latino-américains, il avait dénoncé la « scandaleuse inégalité qui lèse la dignité personnelle et la justice sociale ».
    Néstor Kirchner qualifia alors Jorge Mario Bergoglio de « chef spirituel de l’opposition politique », l'accusant de recevoir tous ses adversaires à l’archevêché, juste en face de la résidence présidentielle, la Casa Rosada ou Maison Rose. Mais était-ce de sa faute si aucun responsable kirchneriste n’osait frapper à la porte de l'archevêché par crainte de s'attirer les foudres du couple Kirchner ?
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Après l’apparence d’une trêve avec Cristina Kirchner, qui succéda à son mari à la présidence en 2007, voilà qu'un conflit de plusieurs semaines éclata entre le gouvernement et les agriculteurs à propos d’une augmentation des taxes à l’exportation. Bergoglio demanda à la présidente « un geste de grandeur »pour mettre fin au conflit. « Le défi est de rester unis en tant que peuple », lui dit-il. Pas de réponse.
    La tension culmina en 2010 lorsque le gouvernement envoya au Parlement le projet de légalisation du mariage homosexuel, une initiative que l’archevêque de Buenos Aires critiqua vivement : « Il ne s’agit pas tout simplement d’une lutte politique : c’est la prétention de détruire le plan de Dieu. Il ne s’agit pas d’un simple projet législatif, mais d’un dessein du (démon) ».
    Ces paroles déclenchèrent de dures répliques. Néstor Kirchner – élu simple député en 2009 - était le promoteur du projet. L’ancien président signala que le pays devait laisser définitivement de côté les « visions discriminatoires et obscurantistes ».
    Entretemps, la presse soulignait les bons rapports que Gabriela Michetti, vice-chef du gouvernement de la Ville de Buenos Aires, ainsi que le maire de la capitale argentine Mauricio Macri (centre-droit) entretenaient avec Monseigneur Bergoglio. Gabriela Michetti allait jusqu’à l’appeler son « guide spirituel et intellectuel », ce qui suffit pour que le kirchnerismo dénonce une conspiration dont la plaque tournante était la cathédrale métropolitaine.
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
    Malgré tout, dans l’affrontement entre l’Église et le gouvernement à propos du mariagegay, Bergoglio se retrouva pratiquement seul. Ce fut une députée évangélique, Cynthia Hotton, qui se fit la porte-parole de l’opposition parlementaire à la loi en question et encaissa aux cotés du cardinal les attaques de la majorité.
    Le 25 mai 2012, le maire de Buenos Aires déserta lui aussi le Te Deum de Bergoglio, le dernier avant son intronisation. Un signe de l’isolement du cardinal... Mais ceci ne semblait pas le décourager ni le détourner de ses convictions. Dans son homélie, cette fois, il fustigea le « relativisme qui, avec l’excuse du respect des différences, homogénéise la transgression et la démagogie ; il permet tout afin de ne pas assumer les contrariétés qu’entraîne le courage de soutenir les valeurs et les principes ».
    L'élection du pape François prit de court le gouvernement argentin. Passé l'effet de (mauvaise) surprise, la présidente Cristina Kirchner tourna la page et, bénéficiant de l’indulgence de son compatriote, fut le premier chef d’État reçu par le nouveau souverain pontife, lequel se garda de toute tentation revancharde. Rien de son passé de combat ne transparaît dans le pontificat actuel.

      La date/heure actuelle est Ven 24 Nov 2017, 22:24